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Par
Margaux Deuley
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    D’après notre expérience récente, « focus » fait partie des mots que les Français ne parviennent pas à prononcer correctement en anglais. Quand ils s’y essayent, cela donne en général un autre mot un peu plus salace. Pourquoi ? C’est la question bête de la semaine.

    Si ce petit mot cause tant de peine, c’est qu’il combine plusieurs règles linguistiques que l’on ne retrouve pas dans la langue française. “Tout d’abord, alors qu’une voyelle française n’a souvent qu’une prononciation correspondante, les voyelles anglaises en possèdent plusieurs, explique Sophie Herment, enseignante-chercheuse et maître de conférences en phonétique française. Précisons donc que “focus” n’est qu’un exemple parmi les mots anglais à engendrer des difficultés. Entre autres : “squirrel”, “colonel”, “clothes”… la liste est longue.

    Si l’on se concentre sur la voyelle “o”, on voit qu’il existe ainsi le “o” court, celui de “dog”, lequel sonne davantage comme un “a”, ou encore le “o” long, souvent suivi d’un “r”, comme dans “sport”.

    Vient ensuite le cas de la diphtongue, et c’est celui-ci qui concerne “focus”. Dans la pratique, la diphtongue se traduit par un arrondissement des lèvres faible et progressif pour produire un son relâché. Un exercice complexe pour nous, Français, qui ne l’employons pour aucun de nos deux types de “o”: ouverts et fermés. Par ailleurs, comme le note Sophie Herment, les confusions classiques entre “sheet” et “shit” ou “beach” et “bitch” sont dues au non-respect de la diphtongaison.

    À cette difficulté s’ajoute ensuite celle de la ressemblance entre les voyelles anglaises et françaises. “Étant donné que nos alphabets sont les mêmes, la distinction entre les sons est complexe, souligne la chercheuse. Or, lorsque deux sons nous semblent proches, on a tendance à calquer la phonétique de sa langue maternelle. S’agissant de “focus”, beaucoup de français le diront en gardant le “o” français.”

    Autre paramètre fondamental pour une bonne prononciation : l’intonation, laquelle passe par le respect du rythme et de la mélodie. “Contrairement au français, relativement monocorde, l’anglais possède des mouvements mélodiques plus amples”, rappelle Sophie Herment. Ainsi, les voyelles françaises sont toujours dites sous une forme pleine. Mais en anglais, celles-ci existent également sous la forme réduite, laquelle permet d’accentuer une partie du mot. Une règle qui s’applique là encore pour “focus”, dont l’accent est mis sur “fo”, la première syllabe, réduisant ainsi la dernière, “cus”. Et à ce titre, “us” doit sonner comme un “e” et non un “u”.

    Les expatriés, inégaux face à l’apprentissage d’un accent

    Dans les communautés d’expatriés, Sophie Herment remarque que les niveaux sont très inégaux en matière de prononciation. Étonnamment, certaines personnes arrivées aux Etats-Unis il y a plus de vingt ans ont conservé un fort accent français tandis que d’autres, en l’espace de quelques mois, ont pris un accent américain quasi-authentique.

    Si certains bénéficient d’une “meilleure oreille” que d’autres, la chercheuse ajoute que de récentes études en socio-linguistique ont mis un autre argument en avant : le phénomène identitaire. “Le langage est intrinsèquement lié à notre identité. Parler une autre langue, c’est donc l’opportunité de pouvoir s’en fabriquer une nouvelle, avance la chercheuse. En ce sens, on peut peiner à prendre l’accent du pays parce qu’inconsciemment ou non, on tient à conserver son identité française. Et lorsqu’on rencontre cette difficulté malgré une bonne oreille et des années passées à l’étranger, reste la question: suis-je un expatrié qui accepte de se fondre complètement dans la communauté américaine ou y suis-je un peu réticent ?”